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Volontariat avec des rhinocéros au Zimbabwe

Des années plus tard, nous publions enfin le récit le plus marquant (et le dernier) de notre tour du monde : notre volontariat pour la conservation des rhinocéros noirs au Zimbabwe.

Ce tour du monde nous a irrévocablement fait évoluer et changer, notamment sur la condition animale. Ainsi, nous avons décidé de faire un temps de bénévolat pour aider à la protection d’espèces menacées sur la fin de notre voyage. Nous avons décidé de le combiner avec notre souhait de découvrir la faune africaine.

Nous sommes si chanceux d’être tombés sur ce programme : Zimbabwe Victoria Falls Big Five Conservation, nous n’aurions pas pu rêver meilleure expérience (alors que je rêve très grand) !

Le début de cet article se concentre sur les détails techniques sur le programme que nous avons rejoint, vous pouvez aussi lire notre récit d’un transfert de rhinocéros ou découvrir pourquoi les rhinocéros noirs sont en danger.

 

Le programme : Nakavango Conservation

Le Nakavango Conservation Programme est une initiative de volontariat et de conservation de la faune située près des chutes Victoria, au Zimbabwe. La réserve où le programme se déroule fait partie de la Kavango-Zambezi Transfrontier Conservation Area (KAZA). Transfrontalière de cinq pays, c’est l’une des plus vastes régions de conservation de la nature du monde.

Le programme combine un travail de conservation pratique, de l’éducation et des recherches sur la faune sauvage ainsi qu’un développement communautaire. Il se concentre en particulier sur les rhinocéros noirs (qui sont une dizaine dans la réserve).

Pourquoi les rhinocéros sont-ils en danger ?

Les rhinocéros noirs sont plus petits que les rhinocéros blancs et se distinguent aussi par leurs bouches en forme de crochet.

C’est une espèce en danger critique d’extinction. Il y a quelques années la cause était la chasse, mais de nos jours c’est la perte de leur habitat ainsi que le braconnage de leurs cornes. Les cornes se vendent à des prix exorbitants en Asie pour de supposées vertus médicinales et aphrodisiaques. En vérité, elles sont faites de kératine et n’ont donc, à priori, pas plus de propriétés que des ongles humains.

Afin de les protéger, la réserve est encerclée d’une barrière, de gardes et d’un système de protection très complexe (et secret). Les professionnels sur place nous ont assuré que la barrière n’empêchait pas les autres espèces d’aller et venir à leur guise.

 

Notre expérience du Nakavango Conservation Program

Nos deux semaines au Zimbabwe ont été les plus fortes en émotions du voyage. Chaque matin, nous avions l’impression de nous réveiller dans le film Le Roi Lion.

Nous avons découvert, pour la première fois, des centaines d’animaux : des éléphants aux oiseaux et insectes en passant par les lions, zèbres, girafes ou encore hyènes (et des plantes fascinantes !).

De plus, nous logions dans un lieu idyllique au milieu de la réserve et partagions notre temps avec des personnes incroyables : l’équipe sur place comme le groupe de volontaires. Nous apprenions sans cesse tout en challengeant nos opinions grâce, notamment, à Justine, Ian et Dean.

Avec les autres volontaires, nous avons formé une équipe très soudée et avons passé tout notre temps libre à jouer, discuter et même danser ensemble le weekend. Ils venaient de partout dans le monde (toute la communication se faisait en anglais) et bien que majoritairement très jeunes, tous les âges étaient représentés.

Cette bonne humeur a été exacerbée par le fait que nous avons retrouvé sur place notre amie Florence, qui est très sociable et drôle. Nous pensons qu’elle ne regrette pas de nous avoir rejoints pour cette aventure !

 

Notre travail sur place

Notre travail était juste… trop génial ! La meilleure partie était d’observer et de noter des informations sur les animaux que nous croisions. Mais même maintenir des routes, faire du jardinage ou encore retourner le compost était un vrai plaisir. Aucun problème pour se lever tôt, en sachant que nous allions voir des êtres vivants incroyables évoluer dans leur habitat naturel. Nous avons pu faire du débroussaillage avec les zèbres à quelques mètres de nous, croiser des girafes sur notre route et observer des couchers de soleil à vous couper le souffle.

Nous avons aussi pu découvrir les communautés alentour, découvrir les outils mis en place pour la gestion des eaux ou encore la fabrication de compost et apporter de l’aide dans une école.

Afin d’éviter les heures chaudes, nous travaillions tôt le matin puis en fin de journée. Les après-midis étaient librement consacrées au repos, à des échanges éducatifs sur la conservation ou à des jeux de cartes endiablés.

Le travail était dur, mais les tâches étaient adaptés aux conditions physiques de chacun des participants. Nous avons tous donné notre maximum, car c’était si motivant.

 

Camping sauvage dans la réserve et safaris quotidiens

Les jeudis, nous campions en plein milieu de la réserve. Après une super soirée autour du feu de camp et un dernier coup d’œil à la Voie lactée du ciel africain, nous allions nous coucher en écoutant le bruit des animaux dangereusement près des tentes. Des nuits surréelles, une expérience unique !

Encore une fois, comme souvent dans ce tour du monde, nous avons été très chanceux et avons été parmi les premiers à voir un bébé rhinocéros de trois semaines. Nous avons aussi eu la chance de découvrir des lions en train de festoyer sur une proie fraîchement capturée au bord de la route et de pouvoir revenir le lendemain pour y voir les hyènes se disputer la carcasse avec les vautours.

Nous avons apprécié de pouvoir prendre notre temps, d’apprendre à connaître les routes de la réserve et reconnaître ses habitants. Aucun safari commercial ne s’arrêterait sur des insectes, vous montrerait des plantes ou ne vous emmènerait revoir des animaux déjà observés.

L’adrénaline était aussi bien au rendez-vous, comme lorsque les rôles se sont inversés alors que nous étions en train de pister des éléphants à pieds. Heureusement, grâce à nos guides aguerris, nous nous sentions pleinement en sécurité.

 

Logements et repas

De la terrasse de notre logement, très proche de la réserve, nous pouvions observer des animaux ! C’est un lieu vraiment confortable, avec une cuisine et une salle à manger commune et même une piscine.

Les chambres sont très propres, il s’agit de chambre individuelle (avec quelques chambres doubles pour les couples, sur demande) et des salles de bains partagées.

Les repas sont délicieux, et surtout pris dans une belle convivialité !

Comment participer à ce programme de volontariat pour la conservation des rhinocéros au Zimbabwe

Pour nous postuler à ce volontariat, nous sommes passé par l’agence The Mighty Roar que nous avons trouvé satisfaisante et aidante. Le programme peut se retrouver via d’autres intermédiaires.

Il est possible de réaliser entre 2 et 12 semaines. Le programme coûte environ 1 000$ pour 2 semaines tout inclus.

Toutes les informations concernant le Visa (un peu galère) nous avaient été fournies en amont, ainsi que la liste des indispensables à mettre dans sa valise. Niveau assurance, comme pour toute la durée de notre tour du monde, nous étions assurés par Chapka Assurance. Il propose un contrat spécifique : Cap Volontariat.

À la suite du volontariat nous avons passé un dernier weekend dans la ville de Victoria Falls (retrouvez notre article de blog à ce sujet), à quelques kilomètres de la réserve. Ensuite, nous avons poursuivi notre route avec un road trip jusqu’au Kenya, en passant par la Zambie, le Malawi et la Tanzanie (Zanzibar et Serengeti). Cela a été l’occasion de refaire des safaris, mais aucun d’aussi magique que ceux à Nakavangko.

 

Est-ce du volontourisme ?

Le volontourisme est une forme de voyage qui combine tourisme et bénévolat, où des voyageurs participent à des actions solidaires tout en découvrant un pays.

Oui, complètement. Malgré les controverses liées au volontourisme, en se basant sur notre expérience, nous jugeons que ce programme est très éthique. Le projet est dirigé localement sur un engagement à long terme et durable. Le travail que nous avons réalisé nous a semblé utile.

La transparence financière est respectée. Selon notre ressenti, nous avons payé très peu comparé aux structures dans lesquelles nous avons évolué. Le fait de nous accueillir et de nous former aurait été un déficit pour l’organisme si c’était gratuit. De plus, le confort que nous avions nous permettait d’être opérationnels sur le travail physique. Ainsi, nous n’étions pas une charge pour l’organisation et pouvions donner le meilleur de nous-mêmes.

Enfin, ce que nous avons retiré de ces deux semaines n’est pas quantifiable. C’était vraiment, pour nous, une des expériences les plus profondément marquantes de notre vie. Ce que nous avons découvert, appris, n’a pas de prix. C’est cliché, mais c’est véridique. Pour avoir ensuite fait des safaris « commerciaux » et extrêmement chers, c’était très décevant par rapport à la qualité des observations que nous avons eu la chance de faire à Nakavangko.

 

L’expérience d’une vie : le transfert d’un rhinocéros

Dans mes notes du mercredi 11 septembre 2019, j’ai écrit : « Je n’ai jamais ressenti autant d’adrénaline de toute ma vie. »
Depuis, j’ai vécu des accouchements — et pourtant, cette journée reste l’une des expériences les plus intenses que j’aie jamais traversées. Une opération hors norme, mobilisant un hélicoptère, un tracteur, un camion, cinq jeeps, une équipe vétérinaire… et une immense dose de stress et d’incertitude.

Le management des rhinocéros au Zimbabwe

Au fur et à mesure de notre séjour, nous nous sommes familiarisés avec les quelques rhinocéros de la réserve (que nous étions venus étudier). Nous avions même eu le privilège d’être parmi les premiers à rencontrer Lumuno, alors âgé de seulement trois semaines.

Mais notre chance ne s’arrêtait pas là. Nous avions été jugés suffisamment dignes de confiance pour assister à un évènement extrêmement rare : le transfert de l’un de nos rhinocéros vers une autre réserve.

Pourquoi ce transfert ? Pour aider cette espèce au bord de l’extinction, l’être humain donne parfois un petit coup de pouce à la nature, en rapprochant les individus ayant le plus de chances de se reproduire avec succès. La réserve de destination, également située au Zimbabwe, ne comptait plus que des femelles.
Ici, Kushinga — jeune mâle de sept ans, plus faible — ne pouvait pas rivaliser avec les mâles dominants. Là-bas, il n’aurait aucune compétition pour se reproduire.

 

Le Jour J du transfert

Après une réunion avec les vétérinaires la veille de l’opération, nous nous levons avant l’aube, avec pour seule consigne d’être « prêts à sauter » dans les véhicules. On nous conduit jusqu’à un hélicoptère et une cage arrimée à un tracteur.

Tout commence vraiment avec le décollage de l’hélicoptère — une première pour nous, à une distance aussi proche. Nous qui roulons habituellement si lentement dans la réserve, nous fonçons soudain à toute allure. L’appréhension est partout, presque palpable.

Sous nos yeux incrédules, nous voyons le vétérinaire de 72 ans, Chris Foggin, spécialiste mondial des rhinocéros, tirer depuis l’hélicoptère une fléchette anesthésiante droit dans la fesse de Kushinga. Nous arrivons sur place exactement quatre minutes après l’impact. C’est le temps qu’il lui aura fallu pour s’effondrer.

Devant nous les soigneurs sautent des véhicules en marche et courent vers le rhinocéros. Les soigneurs sautent des véhicules encore en mouvement et courent vers le rhinocéros. L’hélicoptère se pose à quelques mètres de nous. Aveuglés par la poussière, nous sautons à notre tour de la jeep. En quelques secondes, Kushinga est déjà branché de partout, assistance respiratoire incluse.

Le vétérinaire, qui a retiré la seringue, à les mains pleines de sang. Nous ne pouvons qu’imaginer la détresse et la douleur qu’à dû ressentir le rhinocéros alors que l’anesthésie faisait effet.

 

L’écornage du rhinocéros

L’équipe médicale profite de l’anesthésie pour relever des données vitales : rythme cardiaque, tension, prises de sang, retrait de grosses tiques. Nous sommes tous extrêmement tendus, très inquiets pour la santé du rhinocéros, mais aussi prêts à courir les 100 mètres qui nous séparent de notre véhicule au cas où les copains rhino viendraient le défendre.

Derrière nous, une tronçonneuse ronronne au sol. Le bruit est glaçant. Est-ce pour éloigner les autres ? Ou pour la « chauffer » ? Des hommes dégagent les arbres autour du rhinocéros afin de faire approcher la cage. D’autres l’arrosent continuellement pour éviter une surchauffe sous le soleil brulant.

Vient le moment tant redouté d’enlever sa corne. C’est une exigence du gouvernement. Des volontaires se mettent à pleurer avant même le début de l’opération. Puis, cela se fait très vite : quelqu’un tient la corne, un autre la tranche à la tronçonneuse.

 

Pourquoi couper la corne ?

Le risque de braconnage durant le transport est immense. Sans corne, Kushinga perd de sa « valeur ».

C’est une scène insoutenable, même en sachant que c’est pour son bien. Ainsi, un rhinocéros sans corne a beaucoup moins de chances d’être massacré.

Cette image choquante soulève une question terrible : dans quelles conditions les braconniers procèdent-ils ? Ils n’investissent certainement pas dans des techniques d’anesthésie et n’ont pas des vétérinaires sur place. Ils tuent des animaux déjà au bord de l’extinction, alors même que la corne repousse.

« Est-ce qu’il a mal ? Est-ce qu’il sent quelque chose ? »
L’équipe nous rassure :
« Non. La corne est coupée avant les vaisseaux sanguins. C’est comme se couper les ongles. »

La corne pèse 900 grammes. Sur le marché noir, cela représente environ 85 000 dollars. Elle est placée dans un sac noir et remise au gouvernement du Zimbabwe, pour être stockée dans un entrepôt sécurisé.

Le réveil de Kushinga

Kushinga va bientôt se réveiller ! Un homme vérifie sur le métal d’une voiture que le taser fonctionne (il ne s’en servira pas au final). La cage a été placée juste devant le rhinocéros et des cordes ont été attachées à son cou et ses jambes et une dizaine de personnes sont placées stratégiquement autour. Tous les dispositifs médicaux sont vite enlevés sous les ordres du vétérinaire. Nous retenons tous notre respiration alors qu’il confirme que le retrait de l’oxygène.

« Réveil dans moins de trente secondes. »

Nous pouvons voir des soubresauts de respirations sous le masque qui plonge Kushinga dans le noir. Le vétérinaire commence par le balancer doucement puis à lui mettre des claques sur le haut de la tête.

« Come on boy ! come on boy ! » nous écoutons le vétérinaire dans un silence absolu.

Aucune réponse, la tension est palpable après trois longues minutes.

On verse alors de l’eau dans son oreille. Kushinga se réveille brusquement, tente de se lever, bascule, les quatre pattes en l’air… puis s’évanouit à nouveau. La scène nous brise le cœur.

On le remet rapidement sur le ventre. Une nouvelle quantité d’eau est versée dans son oreille. Il bondit, se cogne violemment contre la porte de la cage, puis finit par y entrer en se cognant à la paroi du fond.

 

Le départ

Le tracteur démarre lentement. Les soigneurs sont perchés au-dessus de la cage, le regard rivé sur Kushinga. Nous le suivons jusqu’à l’endroit d’où l’hélico est parti et nous observons là-bas la cage être déplacée grâce à un camion poulie à l’arrière d’un gros camion.

C’est le cœur gros que nous le voyons partir, accompagné d’un convoi lourdement armé. Nous espérons qu’il sera heureux dans sa nouvelle réserve et qu’il pourra avoir une descendance libre et en sécurité.

 

N’hésitez pas à visionner le reportage vidéo de cette journée, par la talentueuse volontaire de notre équipe Geneviève Detering :